Si je pouvais voir, ô patrie,
Tes amandiers et tes lilas,
Et fouler ton herbe fleurie,
Hélas !
5 Si je pouvais, - mais, ô mon père,
O ma mère, je ne peux pas, -
Prendre pour chevet votre pierre,
Hélas !
Dans le froid cercueil qui vous gêne,
10 Si je pouvais vous parler bas,
Mon frère Abel, mon frère Eugène,
Hélas !
Si je pouvais, ô ma colombe,
Et toi, mère, qui t'envolas,
15 M'agenouiller sur votre tombe,
Hélas !
Oh ! vers l'étoile solitaire,
Comme je lèverais les bras !
Comme je baiserais la terre,
20 Hélas !
Loin de vous, ô morts que je pleure,
Des flots noirs j'écoute le glas1 ;
Je voudrais fuir, mais je demeure,
Hélas !
25 Pourtant le sort, caché dans l'ombre,
Se trompe si, comptant mes pas,
Il croit que le vieux marcheur sombre
Est las.
Victor Hugo, "Exil", Les Quatre vents de l’esprit, 1881.
1. Glas : tintement lent, sur une seule note, d'une cloche d'église pour annoncer l'agonie, la mort ou les obsèques de quelqu'un.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-seconde/-/tree/master?ref_type=heads ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 